Dans les métropoles comme Cotonou ou Abidjan, l’efficacité énergétique est souvent réduite à une question de matériel : faut-il acheter des climatiseurs « Inverter » ? Faut-il passer au solaire ? Si ces options sont valables, elles occultent souvent la source principale de gaspillage : le défaut de pilotage opérationnel.

L’expérience du terrain montre qu’un bâtiment équipé de technologies récentes peut être plus énergivore qu’un bâtiment ancien bien géré. En Afrique de l’Ouest, l’efficacité énergétique n’est pas qu’une affaire d’ingénierie, c’est une affaire de méthode.

La réalité climatique : le coût de l’approximation

Sous nos latitudes, la maintenance de niveau 1 (nettoyage et contrôle simple) n’est pas une option esthétique. La poussière de l’harmattan et l’humidité saline créent une barrière thermique sur les équipements.

  • Le diagnostic technique : Un condenseur encrassé force le système de climatisation à consommer jusqu’à 30 % d’énergie supplémentaire pour compenser la perte d’échange thermique.
  • L’impact financier : Sur un immeuble de bureaux, cette négligence technique se traduit par des millions de FCFA de surcoût annuel, sans aucun bénéfice pour le confort des usagers.

L’efficacité par la donnée plutôt que par l’instinct

Le premier pilier d’une stratégie d’efficacité énergétique est la traçabilité. Sans indicateurs clairs, il est impossible de savoir si une hausse de facture est due à une fuite de gaz, à un usage abusif le week-end ou à une défaillance d’un automate.

Le passage d’une gestion réactive (« on répare quand ça casse ») à un pilotage structuré permet de :

  1. Identifier les anomalies de consommation en comparant les cycles d’utilisation d’un mois à l’autre.
  2. Prioriser les interventions sur les équipements dont le rendement s’effondre.
  3. Optimiser les contrats de puissance auprès des fournisseurs nationaux (SBEE, CIE) en alignant la puissance souscrite sur la consommation réelle mesurée.

Coordonner pour économiser

L’efficacité énergétique échoue souvent à cause de la fragmentation des acteurs. L’électricien, le frigoriste et le gestionnaire de site travaillent en silos. Un pilotage intelligent agit comme un chef d’orchestre : il assure que la maintenance préventive est faite au bon moment et que les réglages (consignes de température, horaires d’éclairage) sont respectés sur la durée.

Conclusion : Vers une sobriété opérationnelle

L’efficacité énergétique ne demande pas nécessairement de changer de modèle économique ou d’engager des chantiers lourds. Elle demande une rigueur de gestion quotidienne.

En remettant de la méthode dans l’entretien et de la visibilité dans les données, les organisations peuvent reprendre le contrôle de leur budget énergie. Le bâtiment devient alors ce qu’il devrait toujours être : un environnement performant, maîtrisé et prévisible.